L'art nouveau
L’ Art Nouveau est un mouvement artistique de la fin du XIXè siècle, devenu populaire à travers l’Europe et les Etats-Unis. Le modèle principal des oeuvres est un monde végétal très présent dans des formes ornementales complexes imitant des fleurs et des feuilles avec une répétition de motifs, parfois extravagants. Les Sujets de cette peinture se veulent symbolistes et poétiques. Toute ligne ou angle droit est totalement absent. C’est un art décoratif dans un mélange d’éléments baroques, orientales, classiques, voulant exprimer l’éloignement du traditionnel. La source est très ancienne et la thématique de l'Art nouveau se trouve déjà dans les textes des théoriciens révolutionnaires. Ainsi Claude Nicolas Ledoux est l'un des premiers à poser cette question d’un art qui ne soit pas l’imitation de quelques chose mais qui aille plus loin en créant quelque chose de totalement original pour une civilisation nouvelle.

S'il comporte des nuances selon les pays, les critères sont communs : l'Art nouveau se caractérise par l'inventivité, la présence de rythmes, couleurs, ornementations, inspirés des arbres, des fleurs, des insectes, des animaux, et qui introduisent du sensible dans le décor quotidien. C'est aussi un art total en ce sens qu'il occupe tout l'espace disponible pour mettre en place un univers personnel considéré comme favorable à l’épanouissement de l'homme moderne.
On l'aperçoit aussi dans les formes les plus inattendues comme avec le retour à l'historicisme qui n'est autre qu'un moyen d’évasion. L’art nouveau vient en réaction à l’obligation de faire ce qui est convenable, codifié.Ainsi, la lecture de la baronne Staff qui a écrit un traité des bonnes mœurs pour faire l’éducation des classes moyennes, permet de mieux comprendre la société de 1900 : tout y apparaît codifié, de la longueur du voile de deuil à la carte de visite en passant par le type de chapeau… Ces règles seront insupportables aux artistes de la mouvance Art nouveau, tout comme celui-ci paraîtra insupportable en tant qu'art non convenu dans lequel il est impossible de se repérer par rapport aux styles et aux conventions de l’époque. Dans l’art nouveau il y a liberté de jouer, de s’amuser, de s’en foutre, d’être non conventionnel : c'est un art sonore, joyeux, musical, ce n’est pas un art du silence, de l’austère.
Plus encore la sensualité et l’érotisme de l’art nouveau font scandales. S'il porte une charge érotique manifeste, la sensualité des formes végétales comme la sur-utilisation de l’image de la femme dans le répertoire ornemental sont intimement liés à ce sentiment de vie que les artistes cherchent à restituer dans le décor quotidien.
Réaliser l'unité de l'art et de la vie, tel était l'objectif déclaré de l'Art nouveau[4] qui estime qu’il faut un cadre de vie qui correspond aux exigences de l’homme moderne du début du XXe siècle. Une autre problématique est de réagir contre une dérive liée à l’industrialisation à outrance et dépourvue de toute capacité d’invention. Prendre la nature comme référence, c’est alors réagir contre le rationalisme du début de l’ère industrielle, sa froide efficacité et sa morale puritaine. Les motifs habituellement représentés sont des fleurs, des plantes, des arbres, des insectes ou des animaux, ce qui permettait non seulement de faire entrer le beau dans les habitations mais aussi de faire prendre conscience de l'esthétique dans la nature. Si la référence à la nature est une constante, la façon dont ces artistes vont aborder les modèles naturels varie. Emile Galléest un artiste naturaliste qui s'inspire de la nature en la stylisant très peu, il utilise ses formes dans les décors et dans les dessins des meubles. D’autres artistes vont plus loin et restituent dans les formes qu’ils inventent ce sentiment de la sève qui circule dans le monde végétal. Naissent ainsi des formes organiques qui suggèrent plus un organisme en croissance qu’un modèle précis. C'est par exemple le cas de
Guimard, de Gaudi et de certains artistes allemands comme August Endell qui partent de la nature pour évoluer vers un phénomène d’abstraction.
L’Art nouveau a été accusé d’être insupportable par le mouvement nationaliste dans les années 1904-1905 où les associations d'extrême droite française condamnent Hector Guimard, on parle de style ténia, de style nouille. C’est le rejet total et on n’hésite pas à employer la même rhétorique que pour les juifs : les artistes sont contre la nation et doivent être éliminés… L'Art nouveau est condamné par l'exposition de 1900, Hector Guimart n’est pas présent, Henri Sauvage non plus, pas plus que les artistes belges ; il n’y a pas une œuvre officielle en Art nouveau, toutes sont en style Gabriel, les plus modernes sont Louis XVI et luttent contre l’Art nouveau.
Dans les grandes histoires de l’architecture européenne du XXe siècle, à partir des années 30 et tout au long des années 40-50, les principaux historiens, à l'instar de Nikolaus Pevsner, Sigfried Giedion ou encore Henry Hitchcock, ne prennent pas en considération l’Art nouveau. Ainsi les premières versions du « Génie de l’architecture européenne » de Pevsner ne mentionnent ni Guimart, ni GaudÃ. En fait, ces auteurs peinent à situer l’Art nouveau dans une perspective historique et acceptent difficilement la remise en cause de l’affirmation d’une structure (acier, verre..) claire, franche et très affirmée.

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L’Art nouveau apparaît un peu partout au même moment et Mario Praz parle de « déflagration », « d'explosion de la jeunesse ». Ce courant est le fait d'une génération d'artistes, souvent jeunes (Hector Guimard a moins de trente ans lorsqu'il dessine le métro parisien), et qui sortent de leur tour d'ivoire pour prendre en main le décor de la vie. L'objectif est de rompre avec l'exploitation des styles du passé afin de proposer une alternative à un historicisme officiel qui empêche le renouveau des formes.
Un art dans la vie
En France, l’Art nouveau est profondément provincial. Dans cette France jacobine, où les institutions sont hyperpuissantes, où tout est en place et rien ne se discute et où l’art officiel est celui du Petit Palais, considéré comme le chef-d’œuvre absolu en 1900, l’Art nouveau ne peut pas vraiment trouver sa place. Il la trouvera aux marges, dans des villes comme Lyon, et surtout Nancy, où les Alsaciens de culture germanique rencontrent les Français de culture parisienne et se donnent l’obligation de représenter la France à l’international. Ailleurs on était comme enfermé dans la tradition du Second Empire, sauf peut-être à Lille. De même Reims, ville reconstruite après la Première Guerre mondiale, peut-être considérée comme une ville de l’Art nouveau tardif.
S'il existe des maisons de campagne d'inspiration Art nouveau, elles sont souvent commanditées par les mêmes personnes qui font construire leur hôtel particulier ou hôtel de rapport en plein cœur de la ville. L'art nouveau inspire bien sûr l'architecture de nombreux immeubles parisiens mais surtout celle, parfois très soignée, de nombreuses villas anciennes en meulière, construites pour la plupart au début du XXe siècle et que l'on peut découvrir lors de balades en banlieue parisienne, notamment dans les villes de banlieue du Val-de-Marne, de l'Essonne et de Seine-Saint-Denis. Celles-ci se caractérisent par leurs audaces en fer forgé, leurs décors de briques et de faïence, leurs pignons et parfois leurs petites tours. C'est dans ces banlieues que des architectes français expérimentent de nouveaux matériaux et de nouveaux styles inaugurant l'Art nouveau qui, par opposition à l'académisme, se veut total.
La conception du meuble de l'Art nouveau fit revivre l'artisanat : il est le style du concepteur individuel, remettant en son centre le travail de l'artiste et éloignant celui de la machine. L'innovation majeure dans le domaine de la décoration intérieure se situe dans la recherche d’unité. Toutefois, le style n’échappe pas à certains parallèles avec la tradition, en particulier gothique, rococo et baroque ; le gothique servit ainsi de modèle théorique, le rococo d’exemple dans l’application de l’asymétrie et le baroque de source d’inspiration en matière de conception plastique des formes. De son côté, l’art coloré du Japon, par son traitement hautement linéaire des volumes, contribua également massivement à l’émancipation de l’Art nouveau de l’asservissement à la symétrie des ordres grecs.
Le bois prenait des formes étranges et le métal, à l’imitation des entrelacements fluides de la nature, devint tortueux. En effet, en fin compte, le style est très largement basé sur l’observation de la nature, non seulement en ce qui concerne l’ornement mais aussi d’un point de vue structurel. Des lignes vitales, sensuelles et ondoyantes, irriguent la structure et en prennent possession. Chaises et tables semblent être modelées dans une matière à la mollesse caractéristique. Partout où cela est possible, la ligne droite est bannie et les divisions structurelles sont cachées au bénéfice de la ligne continue et du mouvement. Les plus belles réussites de l’Art nouveau, au rythme linéaire marqué, relèvent clairement d’une harmonie qui les rapproche de l’ébénisterie du XVIIIe siècle.
En France, l’Art nouveau se déclina en deux écoles, l’une à Paris autour de Samuel Bing et son magasin, la deuxième à Nancy sous la conduite d’Emile Gallé (1846-1904). C’est à Nancy que les affinités entre rococo et Art nouveau apparaissent de la manière la plus convaincante. Moins fascinant mais faisant partie des personnalités artistiques les plus en vue de l’époque, Louis Majorelle (1859-1926) est clairement le deuxième chef de file du courant Art nouveau à Nancy. Le point fort de Gallé était les travaux d’incrustation, variant beaucoup les motifs, allant du végétal aux inscriptions littéraires à contenu symbolique. Typique pour la production de ce maître est la transformation d’éléments structurels en tiges ou en branches se terminant en fleurs. Contrastant avec l’école de Nancy, l’Art nouveau parisien est plus léger, plus raffiné et austère. Les motifs d’inspiration naturelle présentent un degré de stylisation plus grand, parfois même une certaine abstraction, et apparaissent de manière marginale.
Le fondement même de l’Art nouveau est une révolte contre les limites des arts nationaux. Il apparaît au moment où la civilisation industrielle arrive à maturité sur le plan des techniques, avec des débouchés commerciaux très internationalisés. Il fallait que l’art puisse suivre et sorte de son cadre national devenu de plus en plus étroit et de plus en plus lourd symboliquement.
Dans les années 30, les surréalistes ont une part très active dans la réhabilitation de l’Art nouveau. Salvador Dali publie un article dans la revue Minotaure, organisme de diffusion de la pensée surréaliste, qui s'intitule « de la beauté terrifiante et comestible du Modern style ». Cet article est illustré par les photographes les plus modernes comme Brassaï à qui Dali commande un reportage sur les entrées du métropolitain nocturne de Guimard. Un autre reportage est commandé à Man Ray pour les architectures de GaudÃ. André Breton partageait cette appréhension de l’Art nouveau à la manière de Dali qui évoque les « formes libidineuses de l’Art nouveau ». Mais surtout Dali y voit un formidable moyen de lutte contre Le Corbusier car l’Art nouveau présente une architecture onirique, érotique et beaucoup plus proche du rythme de l’homme[1]. À la même époque, Dalà découvre l'Å“uvre du peintre Clovis Trouille – il se présentait comme un « rescapé de 1900 » – qui l'enthousiasme par son absence d'autocensure et ses références récurrentes à l'Art nouveau. C'est aussi au cours de ces années 1930 que le designer finlandais Alvar Aalto conçoit des formes sinueuses, libres et expressives, évocatrices des créations les plus abstraites de l'Art Nouveau.
La parution des premiers grands ouvrages traitant de l’Art nouveau se fait à la fin des années 50 avec Johnny Watser. Rétrospectivement ce sont surtout les reproductions des affiches qui ont séduit et le matériel Art nouveau devient accessible aux gens qui font du design. Les motifs seront repris dans les années 60 par les jeunes artistes graphistes designer. Deux dates expliquent cette connaissance : l'organisation en 1963 au Victoria and Albert Museum de Londres d'une exposition Mucha et en 1966 une exposition consacrée au dessinateur Aubrey Beardsley, deux évènements essentiels dans la redécouverte de l'Art nouveau.
En 1966, le sculpteur François-Xavier Lalanne renoue avec le projet de l'Art nouveau de saisir la nature pour améliorer le cadre de vie de l'homme moderne. Cette même année apparaissent à San Francisco les premières affiches psychédéliques dont les graphistes reprendront certains thèmes de l'Art nouveau tels que la chevelure, le paon ou les formes féminines.
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